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Par Daniel Lapointe

La culture philanthropique au Québec (suite)

En janvier, je m’interrogeais sur l’état de la culture philanthropique au Québec. Selon tous les indicateurs, les Québécois donnent moins aux organismes de bienfaisance. La moyenne du Québec n’atteint pas la moitié de la moyenne canadienne. L’écart, d’ailleurs énorme, entre les Québécois et les autres Canadiens peut toutefois s’expliquer.  Ne concluons pas trop vite que les Québécois sont moins généreux ou plus insensibles aux besoins de ceux et celles que les organismes de bienfaisance cherchent à soutenir.

Il faut d’abord garder à l’esprit que les Québécois se sont donné un État providence pendant les années 1960. Dans la foulée de la Révolution tranquille, l’État s’est vu confier le rôle d’agir comme locomotive du progrès social et la responsabilité de solutionner les problèmes de toutes sortes (accès aux études supérieures, inégalités entre les genres, handicaps physiques et mentaux, santé, etc.).  Les Québécois, au cours des 50 dernières années, ont choisi des gouvernements qui préconisent une prise en charge par l’État des multiples problématiques de la société.  Les Québécois se montrent par conséquent généreux et solidaires en acceptant de payer plus de taxes et d’impôts pour financer les besoins des moins nantis et des moins chanceux.

Il faut aussi mentionner que c’est en partie parce qu’ils disposent d’un revenu disponible moins grand que les Québécois donnent moins que les autres Canadiens aux organismes de bienfaisance. Il en reste moins dans les poches des Québécois, une fois soustraits les impôts, taxes et autres charges.  Précisons que l’écart entre Québécois et autres Canadiens au plan du don moyen demeure néanmoins beaucoup plus grand que celui du revenu disponible.

Il faut aussi se méfier des statistiques. Près de la moitié (40%) des dons effectués au Canada sont dirigés vers des organisations religieuses.  Cette proportion est beaucoup moins importante au Québec (comme chacun sait, la plupart des Québécois, en particulier les francophones, ont choisi de tourner le dos à la religion catholique il y a un demi-siècle).  Par conséquent, si nous enlevons du calcul tous les dons à la religion, l’écart entre le don moyen québécois et celui du Canada est diminué de façon significative.

Je suis plutôt optimiste quant à l’avenir. Le fait que le don moyen au Québec se situe à 208$ (comparativement à 446$ au Canada) montre qu’il existe un potentiel inexploité chez nous.  Dans une perspective de marketing, il existe un potentiel de croissance énorme au Québec.  Il en revient aux organismes caritatifs de bien saisir la psyché québécoise, de comprendre les motivations profondes des donateurs d’ici et de changer leurs comportements philanthropiques.

 

Daniel Lapointe

29 février 2016

Par Daniel Lapointe

La culture philanthropique au Québec

La culture philanthropique se porte-t-elle bien au Québec? Cette question est à l’ordre du jour depuis longtemps.

L’Institut Mallet, affilié à l’Université Laval et dont la mission vise l’avancement de la culture philanthropique, se pose cette question depuis sa création en 2011. Je suis régulièrement invité à me prononcer à ce sujet dans des forums, colloques et autres événements semblables.

Le Sommet québécois sur l’investissement chez les fonds de dotation, les fondations et les OSBL m’a d’ailleurs invité à prononcer la conférence d’ouverture sur ce thème au mois de novembre 2015.

J’ai expliqué alors qu’il n’existe pas de consensus sur la définition à donner au concept de culture philanthropique mais que certains indicateurs nous permettent néanmoins de le cerner.

Le don médian en 2013 était de 280$ au Canada, mais seulement de 130$ au Québec. Ces données proviennent des déclarations d’impôt de 25 482 640 Canadiens. Selon certains observateurs, ces données ne traduisent pas la réalité car les Québécois ne seraient pas aussi enclins que les autres Canadiens à réclamer l’allègement fiscal auquel ils ont droit. Ce qui suit montre que cette affirmation n’explique pas l’écart.

Selon un sondage de Statistique Canada réalisé en 2010, le don moyen au Canada se situe à 446$, comparativement à 208$ au Québec. Peu importe la façon de calculer, les dons au Québec n’atteignent pas la moitié de ceux des Canadiens.

La culture philanthropique s’exprime aussi par le bénévolat. Hélas! Le taux de bénévolat calculé en 2013 par Statistique Canada n’atteint que 32% au Québec, comparativement à 44% pour le Canada.

Devons-nous en déduire que les Québécois sont plus insensibles aux besoins de ceux et celles à qui les organismes de bienfaisance offrent leur soutien et leurs services? Pas du tout! Comment alors pouvons-nous expliquer ces écarts et que pouvons-nous faire pour les réduire? Les écarts s’expliquent et peuvent s’amenuiser. Je suis plutôt optimiste quant à l’avenir. Nous y reviendrons.

Daniel Lapointe

22 janvier 2016

Par Daniel Lapointe

La philanthropie en vedette à La Presse +

La Presse + a publié le 15 novembre 2015 un portfolio spécial consacré à la philanthropie. Le dossier comporte de l’information pertinente sur plusieurs facettes de la philanthropie au Québec et ailleurs. On y présente certaines données statistiques sur le comportement philanthropique des Québécois de même que les grandes tendances qui émergent présentement au sein des organismes de bienfaisance.

Le dossier est bien monté et trace un portrait généralement fidèle de l’état de la philanthropie. Les gens qui, comme moi, valorisent la professionnalisation du secteur philanthropique ont été toutefois déçus en lisant certains passages du dossier.

Par exemple, un article explique que Maud Doualan, qui a choisi de quitter le domaine des assurances pour embrasser une carrière en philanthropie, a dû composer avec une baisse de salaire en acceptant le poste de coordonnatrice de la campagne pour la cathédrale Christ Church. Il est dommage que madame Doualan soit obligée de faire ce genre de sacrifices personnels pour consacrer son talent et son énergie à un projet visant le bien-être de la collectivité. Il est encore plus dommage qu’aux yeux de plusieurs, c’est dans l’ordre des choses qu’il en soit ainsi.

L’autre exemple qui m’a attristé se trouve dans l’article portant sur la fondation One Drop. Madame France Chrétien Desmarais, vice-présidente du conseil de la fondation One Drop, insiste pour souligner que c’est à titre pro bono que la firme de conseillers McKinsey a accepté d’accompagner la fondation dans un exercice de planification stratégique. Tant mieux si la fondation a réussi à obtenir cette gratuité, mais aurait-il été si tragique de payer pour un service semblable? Pourquoi est-ce gênant pour un organisme de bienfaisance de dire qu’il a retenu et payé les services d’experts pour l’aider dans ses efforts visant à mieux accomplir sa mission?

Pourquoi est-il encore généralement admis que c’est correct de sous-payer les employés du secteur caritatif et que les organismes de bienfaisance doivent se contenter de gratuités lorsqu’ils ont besoin d’expertises par ailleurs essentielles pour faire un bon travail?

Daniel Lapointe
18 novembre 2015

Par Daniel Lapointe

Un véritable engouement pour la gouvernance des OSBL

Les saines pratiques de gouvernance font l’objet depuis quelque temps d’un grand intérêt de la part des leaders d’organismes sans but lucratif (OSBL). Ces derniers réalisent enfin que les questions liées à la gouvernance sont aussi importantes pour le secteur sans but lucratif que pour les entreprises qui visent le profit. Un OSBL qui affiche une bonne gouvernance est plus susceptible d’atteindre ses objectifs et de réaliser sa mission de façon efficace.

Le Collège des administrateurs de sociétés (CAS) offre depuis 2014 une formation d’une durée de deux jours sur la gouvernance des OSBL. Cette formation vise à aider les administrateurs bénévoles et les directeurs généraux d’OSBL à comprendre leurs rôles et responsabilités respectifs et, notamment, à saisir comment des comités et des politiques du conseil d’administration peuvent favoriser une saine gouvernance et un comportement éthique.

L’Institut des administrateurs de sociétés, section Québec (IAS – Québec) tient à guichets fermés depuis quelque temps un Forum OBNL. Plus de 200 personnes se donnent rendez-vous à Montréal annuellement pour une demi-journée consacrée à la gouvernance dans un contexte sans but lucratif.

Je reçois un nombre grandissant d’appels de leaders d’OSBL à la recherche de formation, notamment en ce qui a trait à l’établissement de politiques et de procédures pour favoriser un comportement éthique au sein de leurs organisations.

Je suis très encouragé de constater que de plus en plus de responsables d’OSBL cherchent à atteindre des standards élevés en matière d’éthique et de gouvernance. C’est un signe que le secteur sans but lucratif québécois atteint un niveau de maturité sans précédent.

Daniel Lapointe
28 octobre 2015

Par Daniel Lapointe

La formation du CAS est un vif succès

Le Collège des administrateurs de sociétés (CAS) offre depuis 2014 un atelier de formation en gouvernance spécifiquement conçu pour les administrateurs et les dirigeants d’organismes sans but lucratif. Cette formation, d’une durée de deux jours, est offerte à Québec et à Montréal et permet aux participants d’approfondir leurs connaissances sur les meilleures pratiques de gouvernance dans un contexte sans but lucratif.

J’ai le plaisir de faire partie de l’équipe de formateurs experts de cet atelier. Cette activité du CAS est un succès éclatant, toutes les cohortes de participants ayant exprimé à ce jour une grande satisfaction au moment de l’évaluation.

Le Collège des administrateurs de sociétés s’est bâti une très belle réputation grâce à son programme de formation par lequel les membres de conseil d’administration de sociétés privées et publiques peuvent parfaire leurs compétences en matière de gouvernance. Au terme de la formation, le CAS attribue le titre ASC (Administrateur de sociétés certifié) à ceux et celles qui l’ont complété.

L’engagement du CAS à l’égard du perfectionnement de la gouvernance en contexte sans but lucratif représente une très bonne nouvelle pour ce secteur, un secteur en pleine croissance et plus important que jamais pour l’intérêt collectif de la société québécoise.

Daniel Lapointe
19 octobre 2015

Par Daniel Lapointe

Le potentiel remarquable des défis comme événements bénéfice en philanthropie

Depuis quelques années, un nombre grandissant d’organismes de bienfaisance ont recours à des défis pour promouvoir leur cause et collecter des fonds. L’un des succès les plus éclatants à ce jour demeure le Défi Têtes Rasées de Leucan. La formule de Leucan est bien connue. Une personne s’engage à se raser la tête, en guise de solidarité envers les enfants qui perdent leurs cheveux à la suite de traitements contre le cancer, à condition d’être appuyée financièrement par son réseau de collègues et d’amis. Le Défi est brillamment conçu en ce qu’il exige un sacrifice considérable (peu de gens se sentent à l’aise d’exhiber leur crâne dénudé) tout en demeurant à la portée d’à peu près tout le monde (il ne requiert pas de prouesses physiques). La personne qui accepte de se raser la tête suscite d’emblée l’admiration des autres et recueille des dons pour la cause. Cet événement annuel permet à Leucan de faire connaître sa mission auprès d’un large public et de recueillir des sommes importantes.

Un autre défi, The Ice Water Bucket Challenge, a fait l’objet en 2014 d’un immense rayonnement grâce, notamment, au potentiel incroyable des réseaux sociaux. Initiée aux États-Unis, l’activité mise en place par la Société de la SLA a été vue par à peu près tout le monde, grâce au concours de personnalités connues qui ont accepté d’être filmées sur des capsules diffusées sur YouTube et autre réseau semblable. La formule est simple, il s’agit d’accepter de recevoir un seau d’eau glacée sur la tête. Le défi n’exige pas un sacrifice semblable aux Têtes Rasées (c’est évidemment moins éprouvant de subir une douche froide qui dure quelques secondes que d’afficher pendant plusieurs semaines un look militaire) mais il a le mérite de faire rigoler et le potentiel de susciter la participation d’un grand nombre de personnes.

Souhaitons que The Ice Water Bucket Challenge, de même que le Défi Têtes Rasées, servent d’inspiration à d’autres organismes de bienfaisance en quête de visibilité et de financement.

Daniel Lapointe
19 octobre 2015